[Philo][Paris 1] Les méchants : De la compréhension à la fascination

Sandra Laugier • Pierre-Henri Castel • François Jost • Yoann Malinge • Sylvie Allouche • Thibaut de Saint Maurice

Invités

Sandra Laugier
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
François Jost
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Pierre-Henri Castel
Pierre-Henri Castel
CNRS-EHESS
Yoann Malinge
Yoann Malinge
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Sylvie Allouche
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonn
Thibaut de Saint Maurice
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonn

Organisateur

Yoann Malinge
Yoann Malinge

Programme

09:00 - 09:15

Accueil des participants

09:15 - 09:30

Introduction de la journée d’études

Salle HALBWACHS

Yoann Malinge

09:30 - 10:00

“Extremely wicked, shockingly evil, and vile” : le cas du pervers

Salle HALBWACHS

Pierre-Henri Castel

10:15 - 11:00

Les méchants n’existent pas.

Salle HALBWACHS

Yoann Malinge

11:15 - 12:00

L’émergence de LA méchante comme promotion des femmes dans les séries TV

Salle HALBWACHS

Sandra Laugier

12:00 - 13:30

Déjeuner

13:30 - 14:15

À quelles conditions un personnage méchant peut-il être aimable ?

Salle HALBWACHS

François Jost

14:15 - 15:00

Suffit-il de faire le mal pour être un méchant ?

Salle HALBWACHS

Sylvie Allouche

15:15 - 16:00

Les terroristes à l’écran sont-ils des méchants comme les autres ? Regards sur la représentation des terroristes dans les séries sécuritaires.

Salle HALBWACHS

Thibaut de Saint Maurice

Argumentaire

Soutenu par l’Institut des Sciences Juridique et Philosophique de la Sorbonne, Université Paris 1, ce colloque a pour ambition de réunir des chercheuses et des chercheurs qui s’intéressent à la notion de « méchant ». En première analyse, cette notion semble recouvrir les notions de « délinquant », de « criminel » aussi bien que la notion renvoyant aux personnages d’« anti-héros » dans les fictions. Le méchant serait celui qui fait le mal. Le méchant et les actes méchants existent à la fois dans notre réalité quotidienne et dans la fiction. Ce colloque entend mettre en parallèle et croiser les réflexions anthropologiques, de philosophie morale, juridique et sociale avec les réflexions esthétiques sur les fictions.


La psychologie du méchant


Si une personne est dite méchante, c’est qu’elle fait souvent le mal. La répétition des actions mauvaises constituerait une habitude, voire une seconde nature. L’intériorité du méchant, sa motivation devrait alors être examinée. Devient-on méchant parce qu’on possède en soi une énergie qui pousse à faire le mal ou bien est-ce la répétition d’actions mauvaises qui rend méchant ? Corrélativement, le méchant est-il libre de faire le mal ou est-il condamné à agir méchamment ? De Socrate aux Pères de l’Église, la question du mal a suscité des thèses opposées : les hommes et les femmes peuvent-ils vouloir faire le mal ou est-ce une condamnation originelle ?


Plus récemment, la thèse d’un déterminisme biologique, en particulier génétique, a pu sembler apporter une explication causale forte. Il serait possible de trouver le(s) gène(s) responsable(s) de la méchanceté. Dans l’histoire des sciences, la recherche d’une cause biologique absolue a conduit à des impasses. Pourquoi une recherche des causes biologiques conserve-t-elle un tel attrait ? Quelle anthropologie philosophique peut expliquer la méchanceté des méchants ?


Les fictions n’hésitent plus aujourd’hui à mettre en scène un héros comme personnage principal permettant ainsi aux lecteurs et aux spectateurs de suivre sa psychologie : des Liaisons dangereuses de Laclos au Batman: The Killing Joke d’Alan Moore en passant par le film Joker de Todd Philipps ou Dexter de James Manos Jr. Les méchants ou anti-héros de fiction sont des personnages passionnants : leurs motivations, leur parcours suscitent à la fois de la crainte et de la fascination.


Le jugement moral et le jugement pénal


Même s’ils fascinent, les méchants font peur. Pointés du doigt, ils sont considérés comme anormaux. Le jugement moral qui les désigne ainsi ne vise pas tant leurs actions que leur personnalité, pas tant ce qu’ils font que ce qu’ils sont. Pourtant, ce sont bien d’abord leurs actions qui ont été jugées moralement comme mauvaises. Comment passe-t-on du jugement moral et juridique des actions au jugement d’une personne ? Ce passage est-il légitime ?


Le « méchant » semble n’être qu’une catégorie morale qui juge la personne. En droit, seuls les actes sont jugés, ils sont qualifiés juridiquement par les magistrat(e)s. Pourtant, au cours du procès, la « personnalité » ou la « psychologie » de l’accusé sont l’objet d’une analyse. Il s’agit de comprendre les causes et les raisons de son acte. N’est-ce pas alors un moyen de juger la personne ?


Dans quelle mesure la récidive peut-elle être considérée comme une assignation à une identité de « méchant » ?


Cette perspective peut conduire à examiner la procédure judiciaire, la part de la psychologie dans le traitement judiciaire des actes délinquants et criminels ainsi que le traitement médiatique qui en est fait. Elle peut également orienter l’analyse vers des œuvres de fiction qui traitent de ces questions. De nombreuses séries portent sur le système judiciaire ou les grands criminels : Mindhunter de David Fincher, la série documentaire Trial by media de Borgman, Bradley et Ford, American Crime Story de Murphy, Karaszwski et Alexander.


Le méchant et la société


En se focalisant sur l’individu méchant, ne néglige-t-on pas les conditions matérielles et sociales dans lesquelles il agit. Si le méchant est désigné comme tel par les autres, dans quelle mesure la société détermine-t-elle les comportements du méchant ? Si « nul n’est méchant volontairement », n’est-ce pas parce qu’elle y est contrainte par la pauvreté ou par l’exclusion qu’une personne commet des délits ou des crimes ? Y a-t-il lieu alors de d’excuser le méchant ?


Pourquoi le méchant est mis au ban de la société ? S’il met en danger la société, est-ce par son immoralité ou par sa capacité à remettre en cause les normes ? Quel est alors le rôle du méchant dans la société ? La perspective du méchant comme bouc émissaire n’est-elle pas réductrice ? Quand les hommes et les femmes politiques utilisent des expressions comme « empire du mal » ou « axe du mal », quelle est leur intention politique ? Les méchants ne sont-ils pas toujours ceux qui ont des intérêts politiques opposés aux nôtres ?


Par ailleurs, si les actes méchants se multiplient, peut-on parler d’une vie sociale méchante ? Le harcèlement virtuel ou non, les commentaires désagréables, racistes, sexistes ou homophobes sur les réseaux sociaux, révèlent-ils une méchanceté intrinsèque ou bien sont-ils la réalisation d’une complète liberté d’expression ?


Enfin, jusqu’ici, il a été question de la figure du méchant comme une personne de genre masculin. Pourtant, il est évident que les femmes peuvent être méchantes. La société traite-t-elle de la même manière les méchants et les méchantes ?


De nouveau la fiction apporte des objets intéressant de recherche : par exemple, Landru et La Cérémonie de Claude Chabrol, Kill Bill de Quentin Tarantino, Breaking Bad de Vince Gilligan.


Le rôle esthétique, politique et moral du méchant dans les fictions/les séries


Sans les méchants, les héros n’auraient que peu d’intérêt, faute de pouvoir exprimer leurs qualités. Ils sont les ennemis redoutables qui justifient l’intervention du super héros ou de la super héroïne. A l’inverse, les méchants semblent pouvoir exister de manière autonome, ils surgissent pour assouvir leur soif de mal. Ce sont des personnages que l’on déteste mais que l’on aime détester. Quelle est la nature de cette ambivalence ? Peut-elle être réduite à la catharsis que procurerait le spectacle des passions moralement condamnées ? Ces personnages remettent en question l’ordre moral de la société. Comment comprendre alors l’attrait esthétique et moral que les spectateurs éprouvent pour ces personnages de méchant(e)s ? Ces personnages sont-ils le reflet d’une idéologie sous-jacente des studios de production ? On peut penser par exemple à de nombreux films de super-héros des univers Marvel ou DC notamment, mais aussi à des films comme Scarface de Brian De Palma, à American Psycho de Brett Easton Ellis ou Orange Mécanique de Stanley Kubrick par exemple.


La durée des fictions, en particulier des séries, permet de suivre l’évolution des méchants, de suivre leur psychologie, leurs choix. Pourtant si ces choix sont toujours portés vers le mal, pourquoi les spectateurs aiment-ils de tels personnages ? Est-ce que les séries mettant en scène des méchants pourraient nous apprendre quelque chose sur notre propre morale ?


De nombreuses séries pourraient être citées, par exemple Game of thrones de Weiss et Benioff, House of cards de Gibson, Willimon et Pugliese, Succession de Jesse Armstrong.


Ce colloque se déroulera en Sorbonne, le vendredi 11 et le samedi 12 février 2022. Il entend rassembler des contributions en philosophie morale et sociale, en anthropologie philosophique, en esthétique pour questionner la figure du méchant. Les deux journées seront divisées en sections thématiques afin de faciliter le dialogue entre les interventions.


Quatre thématiques seront ainsi privilégiées :


· la psychologie du méchant, sa motivation et sa liberté

· le jugement moral et juridique qui pèse sur le méchant

· le rapport du méchant à la société

· le rôle du méchant dans les fictions/les séries

1
Jour
6
Invités
7
Sessions

Localisation

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